“...Syndiqué de la solitude
Museau qui dévore du couic
Sédentaire des longitudes
Phosphaté des dieux chair à flic
Colis en souffrance à la veine
Remords de la Légion d’honneur
Tumeur de la fonction urbaine
Don Quichotte du crève-cœur...”
Léo Ferré - Poète, vos papiers
Vous connaissez la chanson.
Mais laissons là les poètes, et parlons de poésie.
La poésie, elle a bien du mal à trouver place dans un monde où la paperasse a pris le pas sur l’écriture ! Pour réconcilier la poésie avec son matériau, la compagnie du Funambule
présente Papiers Timbrés, une pièce de théâtre destinée à un large public (à partir de huit ans).
Au delà du matériau, c’est sa mise en œuvre qui donne sens à ce spectacle de marionnettes. Pas d’enfer ni de paradis, pas de coulisses à cette scène où tout est à vue : parce
qu’ils sont faits de papiers façonnés et froissés, les protagonistes naissent et meurent devant nous, en pleine lumière.
A chaque représentation, les personnages auront donc une apparence légèrement différente, une identité particulière et unique. Pourtant, chaque fois c’est la même histoire qui se
régénère ; elle nous parle de la vie : fragile, loufoque et précieuse.
La vie qui palpite au cœur d’un individu, qui agite les foules, la vie donnée par un manipulateur qui en retour reçoit de ses créatures le don de leur ressembler. Devenu lui-même
personnage de son propre récit, ce démiurge laisse place peu à peu à un pauvre hère vêtu de papier, pris au piège de sa propre création qui bientôt le submerge, le dépasse.
Il a des hauts — papier cristal,
des bas — papier buvard...
Autour de lui l’univers semble rétrécir.
Quantités, normes, usages,
la vie se fait laborieuse, industrielle. Qu’importe !
La poésie sait se jouer des formats.
Et quand vient au bout du rouleau l’instant déchirant,
c’est, plutôt qu’une fin, le rappel d’un éternel commencement.
I
DISTRBUTION
Un spectacle créé et interprété par StéphaneLEFRANC
sur une idée de Stéphane LEFRANC et Xavier THOMAS
Mise en scène par Béatrice COURCOUL
Musique Magali LINDEMANN
Lumières Fabien MASSARD
Costume Nathalie EVORA
Notes d’intention
ÉCRITURE DE LA PIÈCE
Il s’agit (encore) de poésie.
A quoi pense t-on ? Comment fait-on ?
Doit-on faire sonner des sonnets, agiter le ïambe pour un quadrille des quatrains ? Rimer, frimer, primer d’un bon prix la rime riche et la prose qui s’impose ? Doit-on colorier
ses voyelles, signer ses correspondances ? Ô saisons, ô châteaux, mon pauvre Arthur le climat a changé : y’a plus d’saisons et les châteaux sont inscrits à l’inventaire du
patrimoine.
Faut-il alors parler djeune’s, oublier la poésie au profit du slam, faire claquer la langue et débiter du blâme ? Tope-là, mon pote, l’onomatopée ça dépote ! Fini le papier de
soie, il faut du papier de verre et vas-y gratte et râpe la palabre en binaire. Boum-boum la voilà, boum-boum bla-bla-bla.
Alors, c’est quoi ?
Qui sait ?
Mais au fait, pourquoi parler de poésie ?
Nous sommes au théâtre ! Parce qu’au fond, c’est pareil. C’est la même chose si ce n’est le même objet. Car désormais les mutations sont la règle et
nos gènes accélèrent leur mouvement. Passant par Hiroshima et Tchernobyl, la poésie s’est irradiée, elle est devenue chimère, elle entame d’étranges mutations. On parle d’écriture scénique, de
poésie nouvelle... Mais peu importent les étiquettes, quand les écritures se croisent sur l’espace des scènes ; elles se font geste ou son, recyclent le roman et dessinent des volumes. Heureux
les samples d’esprit, les trafiquants d’âme, les compositeurs composites, explorateurs des nouveaux territoires et des chemins de traverse ! Fi du virtuel, nous voulons du verbe concret : un
travail d’écriture qui digère l’industrie, qui consume le consommable.
Nous avons le goût de la matière solide. Il nous incombe de l’animer, de rendre sensible la vie dans ses plis : nous avons choisi le papier. Puisque l’on peut écrire dessus, nous
avons écrit dessus. Et aussi dessous et dedans, nous nous sommes laissés submerger par la rame et le rouleau, envahir par les listes, les formats, les emballages et les prospectus. Nous l’avons
un peu froissé mais il ne nous en a pas voulu, il nous a tout donné. Nous l’avons déchiré et il s’est multiplié. Nous avons joué du collage, laissé transparaître en filigrane les marques, les
traces et les empreintes.
Nous avons trié, jeté, repris. De ces accumulations tiré une quintessence, une liqueur.
Nous l’avons voulue drôle pour ne pas vous saouler. Ni brutale ni sucrée, elle pourra désaltérer tous ceux qui viendront y goûter.
Ce que cette pièce raconte n’est pas contenu dans le texte mais porté par lui.
Extrait de texte
ça
c’est machine à confetti
— aïe
j’ai aussi une liste
1 des lettres
2 des cocottes
3 des géants
4 des bilans
5 des bouquins
6 des feuilles volantes
7 des carnets
8 des encyclopédies
9 des papiers d’identité
10 papier crépon papier chiffon papiers de soie papier cadeau
— vivement mon anniversaire
du papier cul
papier mâché papier à rouler roulé
journal intime avec un cadenas doré et deux petites clés
— j’aime beaucoup le petit cadenas doré
post it (ne pas oublier).
Notes d’intention MISE EN SCÈNE
“Tout joue.” Chlowek Czmarti
Il y a au départ un désir.
Un désir simple.
Un marionnettiste face à une montagne de papier.
Quand Stéphane Lefranc m’a demandé de l’accompagner dans son travail de création, il avait déjà commencé de mettre à plat une quantité de fragments, de recherches, d’envies. Et
quelque chose d’essentiel, quelque chose qui devait transcender le texte, la mise en scène et tout ce qui fait un spectacle : la vie.
C’est vite dit. Mais de quoi s’agit-il ?
De respecter le principe que ce qui vit est né, que ce qui vit doit mourir. Mektoub, c’est écrit.
Alors pas de coulisses garnies, d’entrées-sorties, d’apparitions ni de coups de théâtre, tout à vue, tout joue. Il me fallait assembler, rendre cohérent, mettre en scène.
Un personnage : fou amoureux, timbré. Un personnage de marionnettiste. Quand il débarque, rien n’est prêt à l’accueillir ; il arrive comme un
voyageur égaré aux bras chargés de bagages. Il pose une valise : une île. Puis deux, puis cinq : un monde. Que contient le monde ? Du papier. Pas une surface lisse, mais une matière. Une
matière vivante et sonore, foisonnante. Une matière première d’où émergent des formes anthropomorphes, premiers habitants de cet univers instantané. Un univers plié, replié, froissé.
Que va t-il faire, le marionnettiste ? Nous donner une conférence, nous faire le coup du verbe créateur ? Déjà vu. Il se met à nous révéler des
traces, des souvenirs, des bouts de notes et des listes. Comme la feuille de papier se souvient de l’arbre dont elle est issue, la matière de ce monde se souvient de ce qu’elle était avant d’entrer
en scène. A t-elle une forme ? Un format ! A t-elle un nom ? Une appellation ! Une origine ? Voici : références, matricules, pedigree ! Les bonshommes de papier se font foule, masse, se déchirent
et s’assemblent. Des objets prennent place.
Là, il est intimidé.
Créer, ce n’est pas simple. Ce n’est pas tout. Après il faut faire avec. A mettre ainsi les mains à la pâte (à papier), il finit par y plonger, y tomber. Autour de lui se forme une
gangue, une chrysalide, un cocon. Il en émerge d’abord un son. Un cristal qui crisse, vibre, se fend. Une beauté soudaine, fulgurante, un chant d’amour. Une renaissance. Plus rien n’est
pareil.
Un habit de papier tombe des cintres. Il le vêt. Voilà, il est comme nous, face à nous. Il arpente le terrain, voyage, regarde, découvre. Comme Gulliver, il semble ne pas être bien
proportionné : il est tantôt trop grand et tantôt trop petit. Les échelles se bousculent. L’univers a rétréci.
Intime, il livre. Des bribes de souvenirs, des confetti de mémoire. Des petites choses. Des choses qu’on voyait quand on était petits. Autour de lui le papier a pris le dessus, il
colonise. Il étend son empire, des avions de papier planent dans toutes les directions.
Il est tout petit, tout riquiqui le démiurge ! Un géant de papier le toise.
Plus petit : plus léger. Il flotte, il s’envole. Icare a pris des ailes pour voler vers la lumière, un cerf-volant qui tient encore à la terre par un mince fil.
La vie, toujours la vie.
Tous les personnages sont créés sur scène par Stéphane Lefranc à partir de morceaux de papier vierges, qu’il découpe et façonne à vue.
L’espace, toujours mobile et mobilisé, accueille les volumes variés de valises, ouvertes ou fermées. Cachettes, abîmes, portes vers d’autres univers et d’autres voyages.
Infiniment malléable, le papier développe sa propre volumétrie envahissante à mesure que le spectacle avance. Ses formes irrégulières répondent aux parallélépipèdes réguliers des
bagages. A propos : ce ne sont pas des bagages “littéraires” ni des accessoires, mais de “vrais” objets, chinés dans les vide-greniers. Cantine de militaire ou valoche en carton de quelque
émigrant, elles parlent !
Notes d’intention
COSTUME
UN costume ?
Un costume pour un solo, une pièce intitulée Papiers timbrés.
Un personnage à habiller ? Oui et non. Plutôt non.
Il faut une création plastique, qui JOUE avec la lumière, qui JOUE avec le mouvement. Pas de la couture, plutôt de la sculpture. Un peu des deux.
Du papier.
Avant le costume, d’habitude, il y a un patron. Un pré-costume de
papier.
Voilà ! C’est ça.
Pas de patron, directement à l’ouvrier, à l’ouvrage !
Une veste trois-quarts aux allures de blouse, en papier gris.
Une forme archi-simple, cylindrique, un contenant.
Après la coupe, le montage, un régal : le chiffonnage. Une matière (relativement) souple, (agréablement) sonore. Un habit marqué, taché, qui porte des traces, des failles, des
déchirures. Cf. photo page précédente
Une composition qui joue avec la lumière, qui l’absorbe et la rend vivante, vibrante au moindre mouvement.
Des poches, comme des cachettes, des caches à trésor ? Fragiles, elles subissent l’intrusion d’objets, de personnages, se déforment, se déchirent. Rien n’est épargné.
Un costume à la durée de vie limitée. Un modèle qu’on reprendra tout au long de la vie du spectacle, un compagnon de route ! Jamais vraiment identique au dessin initial, toujours
complice de l’instant. Vivant, tant que la vie va.
UN costume ? Non.
Un moment. Une apparition. Et puis aussi, parfois, plus rien. Ou presque : un rouleau de papier cristal, une robe d’un instant, que rien ne retient.
Un moment de grâce.
PRESQUE rien.
Notes d’intention LUMIÈRES
Le spectacle commence avec l’éclairage de service. Le plateau vient d’être lavé, il reste encore quelques traces d’humidité.
Le comédien entre en scène, pose des valises, s’installe.
Soudain, le régisseur arrive par la salle et va rejoindre son poste comme s’il était en retard.
Le spectacle a commencé sans que tout soit prêt, dans l’urgence. Une naissance prématurée.
Puis, dessiner l’espace, voir ce qui est. Ce qu’il en est.
Ne pas aplatir. Au contraire : devant un fond de scène noir souligner les valises disposées au lointain avec des découpes, pour respecter leur relief, accompagner le jeu des
volumes.
De même, souligner l’avant-scène pour des objets qui y seront placés au cours de la pièce. Éclairer la frontière entre la scène et la salle, dont les fonds se perdent l’un et
l’autre dans la pénombre. Éclairer le lieu de l’échange, de la transition.
Sur le plateau, des lumières ponctuelles (douches, découpes) viennent isoler des espaces au moment voulu, jouer ainsi des échelles, du très ponctuel au plan large. Des lignes sur
le plateau alimentent des lampes ponctuelles pour isoler de très petits espaces de jeu (“univers petit”).
Pour les pleins feux, une légère coloration chaude et un dosage subtil, car le papier est très présent et qu’il réfléchit beaucoup la lumière !
De toute façon, on ne souhaitait pas de grands bains de lumière diffuse, mais plutôt une lumière d’atelier, souvent ponctuelle, qui accentue les ombres sur les personnages de
papier, révèle les torsions, les imperfections.
Un ton plus froid, bleu gris, quand le danseur-insecte sort de sa chrysalide de papier cristal, dont la translucidité est marquée de reflets d’angles, d’éclats de verre (de vers
?)
Des latéraux pour construire des mouvements avec le costume de papier et les marionnettes, suivre les pas et les mouvements.
Des contres discrets pour le final : détourer des cerfs-volants de papier qu’éclairent en transparence une petite luciole, fragile lumière qui s’envole avant le noir final.
Notes d’intention MUSIQUE
Il est question de composer une musique pour la pièce de théâtre “Papiers timbrés”.
Il en est question dès le départ, dès le projet lancé.
Il est question aussi d’amitié, de complicité, d’un parcours commun.
Alors il n’est pas question d’ambiance, ni de dramaturgie assistée par ordinateur, ni encore moins d’effets. Il est question de prendre le son à la source, là où l’action de jeu le
produit, de capter le sens du travail en cours dès le début, dès les premiers pas. Écouter la matière, le son brut, le capter, enregistrer une banque de sons, de samples, des glissements, des
froissements, des déchirures.
Un deuxième temps de mixage, de traitements de ces sons amène des séquences, des boucles, elles mêmes recombinées pour développer des textures complexes, aller au delà du
“bruitisme” et de la répétition.
L’idée apparaît d’un souffle, un souffle de vie, des mots chantonnés, un accordéon.
S’il est soudain question de danser, alors autant que la musique ne soit pas excessive, ne verse pas dans le show. Écouter les pas : les chocs, les glissés, arranger leur son en
même temps que le danseur les arrange dans l’espace, et il n’est pas besoin de rajouter une couche de violons !
Évitons le surdosage, le dopage, la superposition.
Il faut que le son de la scène et celui que les enceintes diffusent soient parfaitement accordés, liés, pour qu’on se rende compte le moins possible qu’une musique est diffusée. On
l’entend, elle agit, elle joue, on sent une présence. Tout joue ensemble.
La mise en scène voulait “tout à vue”. Pour la musique, c’est pareil : on ne fabrique pas une musique des sphères qui soudain baigne la scène venue d’on ne sait où. Le
papier-musique, la musique du papier, l’oreille collée contre le papier, le micro tout près pour recueillir l’imperceptible, son intimité. Une relation intime de la musique à la pièce, et vice
versa.
Travailler des voix aussi, des échos, des listes, participer activement à l’élaboration du texte dans sa dimension sonore, ajouter des contrepoints à la voix du comédien.
Déconstruire le sens, couper, coller, laisser le hasard faire apparaître d’autres sens, les croiser, les multiplier.
Au final, une création sonore indissociable de la poésie qui donne le ton de la pièce et qui fédère tous les efforts entrepris.
Formation artistique : Conservatoire National de Région de Marseille. Stages avec la Cie Demodesastr, L.Flaszen, Y. Pogrebnitchko & L. Zagorskaïa, Y. Ferry, C. Mazzuchini, M.
Kelemenis, M.M Blandini, B. Sarreau...
Expériences :
Comédienne : 2004 lectures de textes de Marine Vassort. 2000 Britannicus (Cie Alzhar). 1999 Le funiculaire de S. JOubert (m.e.s. T. Fourneau).
Télévision : 2004 Le miroir de l’eau réal. E. Baily France 2. 1999 L’instit réal. V.Tumahai France 2.
Direction d’acteur : 2001-2002 Une vie bouleversée d’après H. Hillesum avec W. Levy.
Mise en scène : 2003 Le misanthrope (Cie des Pas Sages).
Scénographie : 2002-2003 Blanche aurore céleste de N. Renaude. 2000-2001 La ville aux 1000 paraboles (Opéra de Marseille, m.e.s. O. Arnera).
Stéphane Lefranc (auteur, interprète)
Formations :
Danse contemporaine et Butô avec Viviane Duvergé, Christine Fricker, Guy Trinchero Kyoko Sato, Christine Quoiraud, Sumako Koseki, N’deye Sall, Christiane Blaize, Murobushi Ko.
Théâtre :
Théâtre Gérard Philipe et Théatre des Amandiers à Paris, compagnie du Passeur et Sam Harkand & Cie, Marseille. Masque Balinais Lionnel Briand, François Cervantes “le garage”. Fonde en 1995 la
compagnie du Funambule. Depuis lors, metteur en scène de 25 spectacles de théâtre essentiellement destinés aux jeune et très jeune publics.
Expérience
Comédien-marionnettiste : 2004 Don Quichotte en tournée d’après M de Cervantés.
2003 - Trappes à Trucs et ragots de souris (marionnette). 2002 - Le Funambule, d’après jean Genet m.e.s. Gilbert Landreau au théatre de Lenche. 2001- Le tour du monde en 80 jours d’après J. Verne.
2000 - Babil (solo de marionnette). 1999 - En atendant les Lézards d’après R. Sanchez Ferlosio
Performance : 2005 Corps étranger installation de Catherine Cocherel manifestation pour la paix à Allauch.
Compagnie du Funambule Théâtre pour tous publics Siège social : 93, la Canebière - 13233 Marseille cedex 20. Tél. / Fax : (+33) 04 91 91 59 00 • Siret 413 915 679 00026 • APE 923A • Licence d’entrepreneur de spectacles vivants N°2-143687