Les personnages sont des marionnettes, des pantins, qui collent à la réalité qui nous échappe. Ils sont là devant nous à se battre contre eux même. Ils
courent, immobile, tournent le dos, pour mieux regarder. Ils sont là avec leur conscience endormie.
Lumière
Fabien Massard, à une formation d’école des Beaux arts en design. Il est régisseur permanent au Parvis des Arts et travaille depuis plusieurs années pour les créations de la
compagnie du Funambule. Nous avons ainsi pu élaborer ensemble une excellente complicité, grâce à quoi la lumière est le prolongement naturel du spectacle.
Créer une lumière, qui donne une “aura” autour des personnages. Une sorte de “corps-enveloppe”. dans un espace restreint, essentiel : La personne, ses objets, son
intimité. Ainsi elle élargie les limites du moi qui viennent coïncider avec les limites de l’espace privé. Elle limite l’envahissement par les autres.
D’un côté une lumière orangée, qui donne cet aspect sépia qui caractérise tant les photos anciennes et vieillissante. De l’autre côté une ambiance plus sombre dans des teintes
bleues, proche de la folie.
Décor
Stéphane Lefranc
Objets divers, Bric à brac, papiers, une horloge de gare déposés là, devant nous. C’est tout un appartement qui est là. Celui d’une personne âgée. On entre chez quelqu’un. Chaque
chose est posée, comme le témoignage d’une vie. Une valise, une table, un sac, une panière, quelques papiers. Ils viennent à nous. Sauver les meubles ! Redonner vie à ceux là ! Voilà
l’univers de Georges et Lucienne
Musique
par Xavier Thomas
Je me souviens d'une conversation avec Daniel Deshays où il m'expliquait qu'avant de produire du son pour une pièce, il fallait d'abord écouter le son sur le plateau !
Le son au théâtre doit être modeste : ne pas s'affirmer comme rythme ni comme mélodie, ne pas couvrir le souffle, les pas, mais accompagner le jeu, le révéler. Ainsi,
l'essentiel de la musique du spectacle Moire relève de ce qu'on pourrait appeler "musique concrète", en ceci qu'elle n'est quasiment pas interprétée sur un ou des instruments, mais
faite d'une multitude de sons prélevés dans la vie, la ville.
Le spectacle commence par un battement
distant, auquel répondent des voix d'enfants, l'écho d'une plage lointaine ; des souvenirs heureux qui s'estompent.
Sur le quai d'une gare, Georges attend. Des bruits d'usine, tuyères sifflantes, des objets sonores métalliques et fugitifs qui passent parfois, des fantômes de
machines.
Lucienne se maquille, regarde de vieilles photos. Ne rien ajouter, à peine amplifier le son de ses mouvements, le claquement du poudrier, avec un micro dissimulé
sous la table.
Une rupture en forme de sourire : quelques notes simples et agiles (Gus Viseur, extraits d'une valse). Quelques mots épars de la conversation d'une vieille dame
croisée dans un parc public. Garder les locutions, les "eh oui", les "voilà, voilà", les "c'est comme ça".
Georges, souffle, souffre. Le son de l'air s'échappant d'un accordéon, sans note jouée, les grincements du soufflet. Un bourdon petit à petit installe une tension, une bouche émet
des râles. (accordéon : S. Lefranc)
Un bal : il commence à vide, le son des doigts sur les touches de l'accordéon, d'abord, on imagine la mélodie sans l'entendre, Lucienne danse, portée, s'élève. L'accordéon ose une
mélopée, un désespoir de marin, très doux. (Acc. S.L.)
Georges parle (voix off). Un texte découpé, deux voix entrecroisées : la voix se dédouble, le personnage est plus complexe qu'on ne croit, une multitude de fragments épars. De la
poésie avec des choses très simples, des mots très simples, des mots avec des trous, des phrases décousues par le montage de tout petits fragments de phrases.
Final : un grondement sourd, le battement du début revient, se superpose, quelques notes éparses et dissonnantes d'accordéon, un ventilateur souffle de l'air. On finit sur ce
souffle.
XT
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